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GEANTS BLANCS : Chroniques Népalaises

A lire en écoutant
EDITORS - No sound but the wind (live at Werchter 2010)
Parce que c'est l'ambiance qui règne en haut des 5416 mètres du Thorung La Pass.

Because the "things you put in your head, they will stay there forever"...

Mais surtout parce que c'est indéniablement un de mes groupes préférés!

 

Aller au Népal et ne pas partir en trek, c'est comme aller au Wendy's et ne pas prendre un Baconator : ça se fait certes, ne soyons pas aussi obtus, mais ça en limite quand même l'intérêt! Car le Népal, petit pays d'à peine 800 kilomètres de longueur, se paye le luxe d'avoir la mythique chaîne de l'Himalaya longeant sa bordure nord, telle une glaciale frontière naturelle avec son voisin Chinois. L'Himalaya -"la demeure des neiges" en ancien dialecte indien- est une chaîne de montagnes titanesque d'où rayonne le point culminant de notre planète, le Mont Everest (8848 mètres d'altitude). Titanesque, le mot est presque faiblard quand on sait qu'on parle d'une chaîne qui, en plus du patron, aligne "tout simplement" les 14 sommets les plus hauts du monde! Sur son versant Népalais, ça en sont 9 que l'on dénombre -de plus de 8000 mètres- eux-mêmes côtoyés par une centaine de subordonnés (de plus de 7000 mètres)!

Voilà pourquoi il est bien difficile de ne pas entendre parler du Népal. Surtout quand on a grandi en lisant et relisant les aventures du célèbre reporter belge et de son chien blanc frisé (et oui, Tintin au Tibet se déroule majoritairement... au Népal)! Car au delà de la simple considération qu'il n'y a rien de plus sexy que les courbes attrayantes des montagnes de notre planète, le Népal est un pays qui m'attire aussi par sa culture mystérieuse (les célèbres sherpas) coincée entre bouddhisme et hindouisme. Mais ce serait mentir que de renier la soif insatiable de nature grandiose et parfois hostile que je nourris depuis quelques années maintenant. Une soif d’aventure qui me faisait rêver de ce petit pays et de ses géants de glace...

Des géants de glace et de roche qui ont valu au Népal et au Tibet (qui se les partage) le surnom de "toit du monde". Des géants de glace et de roche qui n'ont de cesse d'intriguer et de titiller l'imagination des aventuriers en tout genre et des amoureux de la nature. Des géants de glace et de roche, les plus impressionnants que porte notre bleue planète... une (sur)motivation suffisante pour faire du Népal la première étape de mon voyage de retour!

 

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Pourquoi se diriger vers le sanctuaire de l'Annapurna, à l'ouest, alors que le patron se trouve dans l'est du pays? Déjà car moins demandant physiquement que celui de l'Everest mais tout aussi réputé (si ce n'est plus) pour la diversité des paysages et des villages qu'il traverse, le trek de l'Annapurna Circuit me semblait être un bon début pour flirter avec les hauteurs vertigineuses de l'Himalaya. Et quand on sais que l’immense barrière de l’Annapurna Himal compte sur une seule et même arête 11 sommets dépassant tous les 7000 mètres d'altitude on peut se dire que le trek vaut tout autant la peine que celui de l’est! Peut être pas les plus hauts sommets, mais néanmoins impressionnants à coup sûr. De bonnes raisons, selon moi en tout cas, pour vouloir tenter l'aventure! Un avis qui plus est partagé par Tomtom et Lélènne, deux amis routards en fin de trajet et que le hasard a transformé pour mon plus grand bonheur en compagnons de route. Au pire, se disait-on, il nous sera toujours possible de sauter dans un avion de la compagnie Yeti Airline pour aller saluer le boss. Un trek dans l'Annapurna, quelques jours de repos à Pokhara et une dose de jungle dans le Chitwan National Park, voilà qui nous semblait un plan parfait pour découvrir le pays, ses paysages et sa culture.

Après deux jours à Katmandou uniquement consacrés à la préparation du trek (permit, équipement, transport...), nous voilà fin prêt pour le trip. C'est un trajet en bus digne des plus terrifiantes montagnes russes qui nous permet de rejoindre Besisahar, point de départ de notre trek. Une route défoncée, un bus gavé de Népalais (qui aime à s'entasser dans les étroites carcasses métalliques des transports publics... parfois même jusque sur le toit), un conducteur qui a tout apprit en regardant du Luc Besson et qui double en plein virage avec son klaxon pour seule protection, un profond précipice sur notre droite et une musique indienne à fond... tous les ingrédients étaient réunis pour la parfaite catastrophe routière. Surtout cette foutu musique indienne.

Pourtant, c'est vivant que nous attaquons la marche. En pleine forme même, respirant à pleins poumons l'air pur du coin. Pendant 4 jours nous prenons gentiment de l'altitude en longeant les typiques villages et les fraiches rizières installés le long de la gorge sculptée par la Marsyangdi khola (en Népalais, le mot "khola" désigne n'importe quel cours d'eau -et aucunement une boisson pétillante à base de feuille de cola). 4 jours, le temps qu'il nous fallait pour apprendre à gérer le dépassement d'ânes à flanc de falaises (tout un art je vous assure) et se trouver des surnoms tellement ridicule que je ne peux les dévoiler ici, n'est-ce pas Rouquin-Bi-gourdin? C'est à partir du village de Tal (jour 3, 1700m) que nous commençons à distinguer, entre les nuages, les premiers sommets. Les premiers sommets de ces géants de glace et de roche que nous étions venu chercher.

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Mais c'est à l'aube de notre sixième jour, avec les premières lueurs du soleil, que le rideau s'ouvre et que les vedettes entrent en scène : la tempête de neige de la veille s'est dissipée et nous découvrons le panorama magique de la vallée de Pissang littéralement dominée par les courbes impressionnantes de l'Annapurna II (7864m) et de l'Annapurna IV (7525m). La fraiche pellicule de neige renforce l'atmosphère féérique de ce panorama matinal et, avant de nous lancer sur le trek, nous errons au hasard des ruelles d'Upper Pissang (jour 6, 3300m) pour immortaliser la merveilleuse atmosphère dans laquelle baigne le décor. A partir d'aujourd'hui, probablement la plus belle journée de marche de tout le trek (ne pas rater le "high trail, itinéraire alternatif pour se rendre de Pissang à Manang), les géants de glace et de roche ne nous lâcherons plus du regard.

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Alors que les journées passent, il est de plus en plus difficile de s'extraire du sac de couchage (les lodges sont tellement mal isolées qu'il fait parfois plus froid dedans que dehors) et la présence d'un feu de bois dans la salle à manger devient une condition sine qua none pour choisir notre toit pour la nuit. Et pourtant, les paysages toujours époustouflants que nous offrent l'Annapurna III (7577m) et le Gangapurna (7455m) depuis Manang (jour 7, 3540m) ainsi que nos premières rencontres avec les yaks de Yak Kharka (jour 8, 4020m) nous font vite oublier le froid glacial des neiges saisonnières (on est un poil en avance sur le printemps) et les maux de têtes liés à l'altitude. En plus de la beauté naturelle de la région (palpable d'un coup d'œil à n'importe quel moment), nous n'avons de cesse de nous émerveiller devant la magie de la culture que nous découvrons. Chaque repas est l’occasion de tester de nouveau plats et chaque village d’échanger dans un anglais basique avec ses habitants. Le moindre détail est l’occasion de prendre une volée de photos qu’il sera dur de trier plus tard. Et nous ne nous lassons ni des drapeaux de prières multicolores accrochés tout au long du chemin, ni des solennelles stupas (des temples bouddhiques) arborant les yeux du "Bouddha qui voit tout" et encore moins, en ce qui me concerne, des ponts suspendus. Des passages aériens plus ou moins rassurant lorsqu’ils se balancent au gré du vent ou de mon humeur taquine. Ainsi, Lélènne chante à longueur de journée "les neiges de l'Himalaya" (Dorothée... hum hum) pendant que Tom et moi cherchons l'ultime jeu de mot avec le nom de mon nouvel animal favori, le Yak (a égalité avec le Wombat). D'ailleurs, quand le soir arrive, épuisé de notre journée de marche, nous sombrons rapidement... pas besoin de nous chantonner "Frère Yak".

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Mais l'Annapurna Circuit ne serait pas un trek digne d'intérêt sans le challenge que représente le passage du Thorung La Pass (jour 9). Car de Thorung Pedi (4430m) à Muktinath (3700m), c'est à plus de 5400 mètres d'altitude que va nous mener cette journée. Une journée qui commence dans le froid glacial du dégueulasse Base Camp Hôtel où, les doigts gelées, nous galérons comme jamais pour boucler nos sacs à dos alorsqu’il fait toujours nuit au-delà des fenêtres. Les premières lueurs du jour nous parviendront pendant la raide pente enneigée nous menant au High Camp (4860m). La neige tombée ces derniers jours rend la marche à flanc de parois hasardeuse, parfois dangereuse, et la longue ascension jusqu'au pass, qui nous fait zigzaguer de plateau en plateau, semble sans fin. Lentement nous montons. Malgré l'emprise de l'altitude sur notre endurance et notre respiration. Malgré l'emprise du froid sur nos membres et nos muscles. Pendant plus de 6 heures, cette ascension ininterrompue, où chaque col est un supplice et chaque plateau une fausse joie, sera aussi éprouvante pour le corps que pour le mental. Et puis au milieu d'une multitude de drapeaux multicolores, nous comprenons que les 5416 mètres du Thorung La Pass nous accueillent enfin! La petite larme de surprise, de bonheur, de fierté, la petite larme nerveuse aussi, gèle à la seconde où elle entre en contact avec l'air glacial de l'endroit. Mais on ne peut redescendre sans avoir fait quelques photos... Parce que, putain, 5416 mètres gravis au milieu de ces géants de glaces et de roches ça s'immortalise!

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Pour être franc, la seconde partie du trek m'a semblé moins intéressante. Déjà car avec le Thorung La Pass derrière nous, c’est une des motivations principales du trek qui s’est éteinte. Il faut rajouter à cela des panoramas, quoi que toujours magnifiques, se révèlent de moins en moins grandiloquent. Et oui, trop de beauté rend un peu (trop?) exigeant. Mais la raison principale, nous étions plus où moins averti, c'est la route. A partir de Jomson (jour 11, 2710m) la randonnée est littéralement gâchée par une route où le trekkeur n'est plus roi : nous sommes maintenant dans le royaume des jeeps, des motos et des bus. Si les prix sont du coup plus abordables, on peut quand même regretter la tranquillité et l'isolement relatifs des villages précédemment croisés et l'innocence de leur gamins : ils demandaient du chocolat et des stylos à Bagarchap, ici à Tatopani ils vendent de l'herbe et demandent des "dollars".

Bon, ne soyons pas si négatifs, le Nilgri North (7061m) est une chouette montagne et il n'y a pas grand monde qui peut se targuer d'avoir mangé un Yak Burger dans un... Yak Donald's (tiens on y avait pas pensé à celle là)! Et puis si nous trichons un peu en prenant un bus pour échapper au dense trafic du tronçon Jomson-Gasa, c'est bien sur nos deux jambes (mais privée de Lélènne, déjà à la retraite) que nous montons des eaux bouillantes des sources naturelles de Tatopani (jour 12, 1190m) jusqu'au panorama de Poon Hill (jour 13, 3210m). Un dernier coup d'œil sur la magistrale chaîne de montagne dont nous venons, en 13 jours et quelques 115 kilomètres (j’ai bon mon Rouquin?), de faire le tour. Un dernier coup d'œil, mais une première vue sur le Dhaulagiri -"la montagne blanche" de 8167 mètres- et l'Annapurna I (8091m). Un dernier coup d'oeuil sur les époustouflantes montagne qui ont fait de ce trek un pur moment d'évasion dans la nature. Un dernier coup d'œil, messieurs les géants de glace et de roche, qui veut dire merci.

 

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Le Guide du Routard nous avait prévenu, il n'y a pas grand chose à faire à Pokhara... ça tombe bien, après une rando de 13 jours, nous n'avions pas l'intention d'en faire beaucoup. Si ce n'est fêter notre retour à la civilisation des étoiles pleins les yeux, un morceau de barbaque plein l'assiette (oulala le Everest Steack House) et une pinte  d'Everest en plein milieu de la main. Et en compagnie d'un couple Néo-Zélandais peut-être pas aussi balaise en montagne que Sir Edmund Hillary (souffrant du mal de l'altitude, ils ont fait demi-tour à Manang) mais à n'en point douter tout aussi sympathique, c'est encofre mieux de festoyer!

 

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Un trajet de bus (tout aussi éprouvant que le premier) plus tard et nous voilà aux portes du Chitwan National Park, dans la chaleur étouffante de la région du Téraï (sud du Népal). Marqué au fer rouge par le tourisme, l'endroit fût une expérience mitigée avec autant de plus que de moins. Si ce n'est quelques déconvenues avec les guides embauchés sur place et les éléphants enchainés du Breeding Center, le Jeep Safari (ou nous avons observé rhinos unicornes, croco, paons, cochons sauvages, martin pécheur...) et les suédoises lasagnes du Sunset View Restaurant resteront par contre de bons souvenirs.

 

Si, contrairement à beaucoup de touristes qui reviennent  du Chitwan, nous ne nous sommes pas fait pourchasser par un rhino, nous avons en revanche dû user de nos jambes pour éviter la douche d'urine que nous destinait une bande de macaque du haut de leur arbre... Sympa les gars!

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L'heure étant une fois de plus aux au revoir, j'aimerais profiter de ces quelques lignes pour féliciter le petit bout de femme de l'équipe, notre chère Lélènne, pour le magnifique trek qu’elle nous a fait. Te plaindre (pas tant que ça au final) n'était que la juste réponse au manque de finesse et de patience de Tomtom et moi! Et encore merci pour ton cadeau du tonerre, s'il ne fallait pas le laver je le porterais autant que ma combinaison de hippie (qui n'a pas besoin d'être lavée elle, esprit beatnik quand tu nous tiens). Merci aussi à toi mon Rouquino, pour avoir été un sacré compagnon de route pendant ces quelques semaines... Une fois de plus pourrais-je dire... Vivement la prochaine mon vieux! Si le trip n'est pas moins intéressant depuis votre départ, il est définitivement moins souvent fendart!

 

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  Le Népal, du côté de l'Annapurna, c'est
Un lieu à ne pas manquer : Les premières lueurs du soleil du haut d'Upper Pissang
Un lieu à éviter : Le Base Camp Hotel où les montagnes dans les toilettes sèches sont aussi impressionantes que celles de l'Annapurna, et la ville de Jomson
Un livre : Annapurna, premier 8000. Récit passioné et passionant de Maurice Herzog qui, en 1950, est le premier alpiniste à gravir un sommet de plus de 8000 mètres (en l'occurence l'Annapurna I).
Un plat à dévorer : Un Dal Bhat après une bonne journée de trek. Parce qu'en tant que plat national c'est le seul qu'on vous resservira autant (si ce n'est plus) que la première assiette
Une phrase qui a été dites : J'avais dans ma façon de vivre au moins cet avantage sur les gens obligés de chercher leur amusement dehors, dans la société et le théatre, que ma vie elle-même était devenue mon amusement et jamais ne cessa d'être nouvelle (Henry David Thoreau, Walden ou la vie sauvage)

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